Employons le bon vocabulaire

Le hollandais volant a publié un billet que je vous conseille de lire : Je ne suis pas Geek. Je vous conseille également de lire les commentaires de ce billet. Il était temps de rétablir certaines vérités.

C'est quand même regrettable de constater que seuls les passionnés d'informatiques sont perçus comme des fous asociales ou pire, comme des monstres. Exemples.

J'ai dans mon entourage un grand passionné de mécanique. La rapidité avec laquelle il vous diagnostic une panne, vous change une pièce ainsi que l'étendue de ses connaissances dans ce domaine m'ont toujours bluffés. Il a réellement le contrôle de sa voiture, largement plus que la masse que nous sommes. Il passe plus de temps dans ses garages que moi devant mon écran ... et il est bien vu.

Encore plus proche de moi, j'ai un couple passionné par le jardinage. A eux d'eux, ils forment une vraie encyclopédie des fleurs et des arbres. Là aussi, ils passent un temps monstrueux dans leur jardin et une somme d'argent conséquente dans les magasins dédiés. Et là encore, ils sont bien vu.

Pourquoi considérer que seul le passionné d'informatique est un déviant alors que les accrocs de jardinage/mécanique/que sais-je encore sont considérés comme des gens tout à fait normaux, ayant une passion respectable, alors que tous consacrent un même temps monstrueux à leur passion ?

Ceci étant dit, je vous conseille également la lecture d'un paragraphe sur Wikipédia : Confusions au sujet des geeks. Celui-ci vous permettra d'apprendre ou de revoir les différences entre un geek, un no-life, un nerd et un technophile et vous évitera de dire des âneries et de traiter n'importe qui de n'importe quoi, sans savoir.

Ensuite, il faut savoir compter correctement le temps qu'une personne voue à sa passion avant de l'attaquer sur ce sujet. Pour illustrer cela, comparons deux personnes.

La première personne rentre chez elle le soir et utilise son ordinateur pour surfer sur internet et discuter avec ses amis via la messagerie instantanée. Cette personne regarde ensuite le journal télévisé grâce à sa télévision. Elle écoute ensuite l'album d'un chanteur sur sa chaîne hi-fi. Elle poursuit sa soirée en regardant un DVD (old-school !) grâce à sa télévision et à son lecteur de DVD.

La deuxième personne rentre chez elle le soir et utilise son ordinateur pour surfer sur internet et discuter avec ses amis via la messagerie instantanée. Cette personne regarde ensuite le journal télévisé grâce à son ordinateur, qu'elle a équipé d'une carte TV. Elle écoute ensuite l'album d'un chanteur, grâce à son ordinateur, qu'elle a équipé d'une carte son haute de gamme et des enceintes adaptées. Elle poursuit sa soirée en regardant un DVD grâce à son ordinateur qui est équipé d'un lecteur de DVD.

Conclusion : la deuxième personne donne l'illusion de passer son temps devant un ordinateur. Pourtant, nos deux personnes ont fait strictement les mêmes activités. Seulement, la deuxième personne est fan de la convergence numérique. Elle pense que rien n'est plus paramétrable qu'un ordinateur, que celui-ci lui offre un plein contrôle de ses activités. De plus, la fusion de la télévision, du lecteur DVD et de la chaine hi-fi, lui permet de gagner de la place dans sa maison. Elle a donc des arguments sensés ... mais va être perçue, par la société, comme une débile qui passe son temps devant un ordinateur.

Dernière chose : il vaut mieux parfois avoir une passion dévorante, s'occuper, plutôt que de rester planter là, à longueur de journée, à s'ennuyer sans oser se l'avouer et à attaquer ceux qui font quelque chose de leur vie, même si ça paraît excessif. A bon entendeur ...

Il est peut-être temps d'appeler un chat, un chat et un chien, un chien. Il est peut-être temps, aussi, de changer certaines mentalités ...

3 commentaires pour le moment

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  1. Magnifique.

    Les deux exemples à la fin : PC+PC+PC versus PC+TV+HiFi sont magistraux.

    Sans compter que je considère (à titre personnel) que discuter sur un forum, IRC ou MSN fait partie de la « socialisation » de l’individu, dans le sens où quelqu’un ne peut pas être vraiment être asocial s’il fréquente des forums de discutions (quelqu’ils soient).

    Certes, c’est pas comme avoir la personne en face, autour d’un repas, ou un café, mais c’est quand même des relations humaines.

    L’avantage du net, c’est qu’il permet à des personnes fan des mêmes choses de se rencontrer (geekeries, le plus souvent).
    C’est exactement la même chose que quelqu’un qui fréquente un club de foot : il partage sa passion et la pratique.

    La différence, c’est que le footeux sera quelqu’un qui fait du sport, parle et s’amuse alors que le geek sera perçu comme un no-life, asocial et fou.

    Perso, j’aime internet et les gens que j’y rencontre (certains potes), les personnes que j’y écoute (les blogueurs que je lis), etc. autant qu’un footballeur apprécie jouer avec un ballon.

  2. C’est sympa d’être venu donner ton avis ici.

    La comparaison est tirée d’un cas réel que j’ai exagéré afin de montrer plus clairement la limite de ce type de raisonnement.

    Ensuite, je suis convaincu que le sujet « Internet, créateur ou destructeur de lien social ? » va devenir la version moderne du bon vieux sujet de sociologie/philosophie « Religion, créateur de lien social ? » tellement il est vaste et difficilement interprétable de manière objective.

    Je ne contesterai pas ce que tu dis qui est très juste.

    Je ne ferai pas non plus un exposé sur les avantages du net dans le domaine des relations humaines : faible coût, casse la barrière des préjugés, mise en relation simplifiée et à une plus grande échelle des passionnés, etc …

    Par contre, je trouve qu’Internet favorise deux comportements déviants : une redéfinition du terme « amitié » et la course à « l’amitié ». Non, la personne à qui tu as parlé une fois n’est pas un(e) ami(e) … et non, la personne qui a 3898 amis sur Facebook n’a pas plus de capital social que moi et mes 12 amis et mes 24 potes. Néanmoins, ces deux comportements existent déjà en dehors de l’Internet et ne lui sont donc pas imputables : c’est ce que j’appelle le syndrome du répertoire téléphonique : des tonnes de numéro, personne sur qui compter.

    La seule solution est qu’il faut faire accepter l’idée que l’on puisse être, virtuellement, à plusieurs tout en étant, d’un point de vu physique, tout seul dans un lieu donné et que, pourtant, dans le deux cas, le lien social qui s’établit a la même valeur.

    Pour conclure, je vais encore une fois utiliser un cas concret : quand je vois ce couple, qui ne sais pas se servir d’un ordinateur, qui n’a aucune passion particulière (je préfère préciser) qui aime ni recevoir, ni sortir (à l’exception d’une ou deux sortie(s) cinéma, restaurant, théâtre par an), et qui refuse en bloc les invitations des quelques gens qui les entourent encore avec les excuses classiques et plates, je me dis que le no-life n’est pas toujours celui que l’on croit. C’est aussi ce qu’il faut faire comprendre à certaines personnes.

  3. Si les « geeks » français ne voulaient pas être associés à des associaux, ils n’avaient qu’à ne pas se qualifier d’un mot qui, à l’époque, en plus d’être une insulte, avait un aura « associal ».